La République Démocratique du Congo enregistre des avancées significatives en matière de représentation féminine dans les instances de décision : la présence de 31 % de femmes au gouvernement et la nomination d’une Première Ministre en sont des indicateurs clairs. Ces progrès méritent d’être reconnus, mais ils ne suffisent pas encore à traduire une transformation profonde des normes sociales et des structures mentales. En réalité, bien que les femmes bénéficient d’amour, de respect et de considération dans la société congolaise, elles évoluent encore dans un cadre marqué par des logiques sociales qui accordent peu — voire aucune — valeur à leurs contributions dans la conduite et l’orientation de la vie collective. Ce décalage entre la reconnaissance affective et la reconnaissance décisionnelle révèle la persistance de mécanismes qui, subtilement ou ouvertement, continuent de marginaliser leur rôle dans la marche de la société, une situation qui contraste avec les prescriptions du droit congolais.
Par ailleurs, les données empiriques confirment aussi qu’un accroissement de la participation féminine améliore la gouvernance et la cohésion sociale. Dans ce contexte, il devient indispensable de réfléchir aux moyens de consolider les acquis et de promouvoir une appropriation réelle des principes d’égalité entre hommes et femmes. Il s’agit notamment d’assurer une relève durable, de soutenir l’engagement des jeunes femmes dans tous les secteurs de la société, et de créer les conditions d’une collaboration authentique entre hommes et femmes, orientée vers la transformation sociale. Cette dynamique devra permettre l’émergence d’une société juste et équitable pour toutes les catégories sociales. L’enjeu dépasse le cadre juridique : il consiste à promouvoir des valeurs capables de s’ancrer profondément dans la réalité culturelle congolaise et d’encourager une participation véritablement universelle à la construction du bien-être collectif.
Une représentativité féminine de 31 % ne constitue en rien une limite. Elle témoigne, au contraire, d’une dynamique sociale visant à renforcer la présence des femmes dans les espaces de décision et à reconnaître pleinement la valeur de leur contribution au progrès matériel et social. Pour consolider cette trajectoire, chaque acteur — pouvoirs publics, organisations de défense des droits des femmes, mouvements de jeunesse, institutions religieuses, milieux académiques et organisations professionnelles — doit engager des efforts conscients pour transformer les mentalités et corriger les pratiques qui freinent encore l’inclusion effective des femmes dans les instances décisionnelles.
L’organisation de notre société peine encore à créer les conditions nécessaires pour permettre à la femme d’exprimer pleinement son potentiel. Les obstacles prennent racine au sein des familles, se prolongent dans les milieux de culte, se renforcent dans les espaces scolaires et académiques, puis se manifestent dans les environnements professionnels.
Un effort conscient doit être engagé pour mettre en lumière l’importance de la contribution de la femme dans la construction du bien-être collectif. Cette réalité ne concerne d’ailleurs pas uniquement les femmes. Les hommes ont un rôle essentiel à jouer dans la promotion de l’égalité entre les genres et ont beaucoup à y gagner. Les pratiques néfastes qui se transmettent au sein des familles, des écoles et des milieux de travail ne limitent pas seulement les femmes : elles freinent aussi le développement personnel et social des hommes. Tant que ceux-ci n’auront pas le courage de se libérer de ces habitudes destructrices, ils ne pourront pas atteindre pleinement leur propre développement ni leur épanouissement. L’égalité entre l’homme et la femme devient ainsi un principe incontournable, placé au cœur même du développement du pays.
Il nous revient donc, hommes et femmes ensemble, d’imaginer et de mettre en œuvre les moyens susceptibles de favoriser notre épanouissement mutuel et de transformer durablement notre société.
L’une des approches les plus déterminantes consiste à investir dans l’éducation, en accordant une attention particulière au développement complet de la femme et de la jeune fille — sur les plans intellectuel, spirituel, émotionnel et pratique. Dès la petite enfance, filles et garçons doivent être formés dans un environnement qui normalise l’égalité des genres. À cet égard, les familles, les écoles et les lieux de culte ont une responsabilité essentielle : créer des cadres où cette égalité peut s’exprimer avec noblesse et dignité, tout en transmettant des compétences concrètes et une compréhension profonde de la valeur et de l’impact du rôle de la femme dans la société.
Les institutions étatiques, pour leur part, doivent veiller à l’existence de mécanismes et de politiques capables de soutenir cette égalité, notamment par une mise en œuvre rigoureuse des normes légales et réglementaires relatives aux droits des femmes et à la parité, dans un esprit conforme aux réalités de la société congolaise. Un tel accompagnement permet aux jeunes filles et aux femmes de renforcer leur confiance, de poser des choix éclairés et de contribuer activement au développement de leurs communautés et du pays. Il aide également les jeunes garçons et les hommes à considérer comme naturelle, légitime et nécessaire la participation de la femme dans la gestion des affaires publiques.
Un tel environnement, lorsqu’il est nourri par des efforts constants inscrits dans un cycle continu d’action, de réflexion et de consultation, favorise naturellement l’émergence d’un leadership féminin à tous les niveaux. Il ouvre la voie à une participation accrue des femmes au sein des chefferies, des associations communautaires, des établissements publics et des structures administratives locales. Ce processus permet non seulement d’assurer leur implication effective dans les prises de décision, mais aussi d’ériger des modèles inspirants pour les générations futures.
Rencontre des jeunes femmes et des jeunes hommes au Centre régional baha’i de Bukavu – La Famille Première Institution de la Société
Le contraste est saisissant entre la femme instruite, présente dans les sphères de décision, et la femme du peuple, véritable pilier de la survie familiale mais souvent fragilisée par la précarité et le manque d’instruction. Cette dernière assume quotidiennement des responsabilités économiques essentielles, mais elle le fait dans des conditions de sacrifice, d’épuisement et d’insécurité qui la maintiennent dans une forme de dépendance sociale et mentale. Ainsi, bien qu’elle constitue l’un des moteurs les plus constants de l’économie réelle, elle demeure trop souvent privée de la conscience de sa propre valeur et de son potentiel en tant qu’actrice clé de transformation sociale.
C’est dans cette tension que s’inscrit la réflexion sur l’égalité des genres en RDC : elle ne saurait se limiter à une égalité institutionnelle ou juridique. Elle doit aussi devenir un processus d’éveil intérieur, individuel et collectif, où les femmes prennent conscience de leur noblesse et de leur potentiel spirituel et intellectuel.
Les efforts de la communauté bahá’íe sur cette question s’appuient sur une approche fondée sur des programmes éducatifs participatifs. Ces programmes visent le développement de capacités spirituelles, sociales et intellectuelles permettant aux individus et aux collectifs de prendre en main leur propre action sociale. Ils offrent des espaces où les jeunes femmes, aux côtés des jeunes hommes, peuvent expérimenter une nouvelle manière de concevoir l’égalité : non comme une lutte pour le pouvoir, mais comme une dynamique de complémentarité et de service au bénéfice de l’humanité. Cette démarche commune permet de mettre en pratique un pouvoir qui habilite plutôt qu’il ne domine, un pouvoir qui guide, élève et canalise les énergies de chacun vers le bien collectif.
L’enjeu central devient alors la transformation de la conscience. Les institutions peuvent promulguer des lois et instaurer des quotas, mais si les individus — hommes comme femmes — ne sont pas éveillés dans leur conscience à la dignité humaine et à l’égalité spirituelle, le changement restera superficiel. C’est pourquoi les femmes qui ont reçu une éducation portant les principes spirituels comme des lumières de direction ont une responsabilité particulière : tendre la main à leurs sœurs, créer des espaces d’entraide et d’apprentissage mutuel, et susciter un mouvement collectif de femmes et d’hommes œuvrant ensemble pour le bien commun.
Visite des membres des Institutions bahá’íes au cœur de l’apprentissage
Au Sud-Kivu, le mouvement de jeunes femmes initié par la communauté bahá’íe est né d’un processus de consultation entre la communauté et l’institution locale chargée d’accompagner ses efforts. Ensemble, ils ont examiné comment promouvoir l’avancement de la femme afin de développer les multiples capacités qu’elle possède et de lui permettre de participer pleinement aux affaires administratives, aux événements sociaux, ainsi qu’à l’éducation intégrale de ses enfants à chaque étape de leur croissance jusqu’à l’âge adulte.
Face à la fracture entre les aspirations de la communauté et la réalité vécue, les consultations ont été orientées vers une analyse approfondie des causes ayant conduit à la faible participation des femmes dans la vie communautaire. Il est rapidement apparu que la compréhension du rapport entre pouvoir et participation devait être revisitée pour mettre en lumière le rôle crucial que la femme joue dans la survie et la stabilité de la famille. L’objectif était d’harmoniser les discours et les pratiques afin de nourrir l’espoir de voir émerger une communauté où les femmes peuvent exercer pleinement leurs responsabilités et contribuer, aux côtés des hommes, à son avancement.
C’est dans la famille, première « institution » de la société, que les efforts se sont concentrés. À travers l’étude d’un document intitulé « Création d’un foyer spirituel », menée avec d’autres jeunes mères issues de diverses confessions religieuses, les jeunes mamans ont réussi à impulser une dynamique nouvelle. Celle-ci permet non seulement de renforcer les capacités individuelles, mais aussi de mobiliser l’appui des hommes et des autres membres de la communauté qui soutiennent activement les initiatives portées par les femmes. Cette dynamique a également attiré l’attention des autorités locales, lesquelles apportent un accompagnement approprié, notamment sous forme de soutien logistique, permettant ainsi à ces initiatives de s’exprimer dans les meilleures conditions.
Ces espaces favorisent la participation universelle des femmes dans les activités de construction communautaire, développent la capacité de partager sur les principes et les enseignements qui contribue à autonomiser les mamans au service de différentes actions au sein de leurs communautés. Cette approche contribue à la diffusion de l’intérieure pour impacter petit à petit un changement de perspective culturelle. Les mamans développent aussi la capacité d’animer les espaces sans peur ni doute, la capacité de travailler en équipe en initiant des actions sociales d’autonomisation, de soutien mutuel et celles génératrices de revenus – champs communautaires, micro-crédits, vanneries, les visites dans les foyers, classes pour enfants – dans une soif pour le service désintéressé.
L’impact se mesure petit à petit. Par exemple dans la communauté de Bukavu, certaines femmes qui étaient inactives dans les affaires de la communauté nécessitant un leadership, grâce à ce processus de mouvement des jeunes mères, deviennent actives en participant de manière régulière aux activités organisées dans la communauté et soutenues par ce mouvement. Un autre aspect important est que ces jeunes mères invitent leurs époux dans leurs espaces, mais aussi sont invitées par les autorités locales pour aller animer certains événements comme la Journée mondiale des femmes car elles s’approprient grâce à leurs expériences, le contenu adapté pour ces événements de sensibilisation.
Ainsi, loin d’être féministe au sens de confrontation, ce mouvement regarde le féminin au sens de fécond : il appelle à une renaissance de l’humanité par le service désintéressé, la bienveillance, la coopération et l’éducation. Car les femmes, premières éducatrices de la société, ont la capacité d’infuser au sein de familles unies porteuses des générations futures, une conscience nouvelle, fondée sur l’unité, la justice et la noblesse de chaque être humain. C’est peut-être au travers d’efforts collectifs au niveau de la jeunesse pour répondre à nos nombreux défis sociaux, que cette condition de l’égalité des sexes en RD Congo deviendra non seulement une réalité sociale, mais un moteur de transformation spirituelle et collective pour adresser des solutions cohérentes aux nombreux défis d’inclusion sociale qui hantent notre quotidien.