Jeunes et Acteurs Sociaux en Apprentissage de la Coopération
Au Service d’un Engagement Communautaire
Depuis une décennie, le Bureau des affaires extérieures de la Communauté bahá’íe de la RDCongo explore plusieurs voies de conversations continues avec les principaux leaders de la société civile et de l’autorité publique sur des questions sociales, au cœur des discours qui contribuent à l’évolution de la pensée et au progrès des cadres de politiques sociales pour le bien commun. L’équipe du Bureau, qui interagit avec un ensemble diversifié d’acteurs — leaders religieux, autorités publiques et institutionnelles, corps académique et chercheurs, organisations de la société civile, leaders traditionnels, jeunes et femmes engagés dans l’action collective — constate que lorsque des processus de coopération s’établissent entre les institutions et l’action sociale des communautés — généralement impulsée par des initiatives individuelles — de nouvelles pistes d’exploration apparaissent. Celles-ci, visant à promouvoir le principe de soutien mutuel et de collaboration, deviennent progressivement tangibles et éclairantes, car elles contribuent à construire de nouvelles manières de nous organiser en société. Actuellement, les réflexions se portent sur les efforts impulsés par les jeunes (filles et garçons) qui souhaitent développer leurs capacités au service d’un engagement communautaire. Cet engagement vise à influencer les mentalités et à nourrir un mouvement d’action fondé sur le soutien mutuel et la collaboration, afin que ce principe se traduise naturellement dans nos actions et devienne un effort conscient ouvrant de nouvelles expériences de cohésion sociale. Un tel engagement permet d’apprendre à transformer la nature des relations entre les individus, souvent à l’origine d’initiatives qui, peu à peu, résonnent avec une approche collective. La communauté explore alors comment s’approprier un processus de croissance lorsque ces initiatives se mettent au service d’un besoin partagé. Cette confiance se renforce particulièrement lorsque les institutions, depuis leur perspective propre, se mettent elles aussi de plus en plus au service d’une réalité authentique orientée vers le bien-être commun. C’est également à ce stade que certains partenaires, comme le professeur chercheur Alain Bertrand Temgoua du mouvement Focolari, contribuent par ce que l’on appelle le Nexus. Celui-ci peut être compris comme un point de convergence offrant une matrice d’apprentissage transversale : un espace où l’action, la réflexion et la collaboration produisent une transformation progressive des mentalités et des structures.De nouvelles collaborations
Dans cet esprit, le 31 janvier 2026, à Kinshasa, le Bureau des affaires extérieures de la Communauté bahá’íe de la RDC a soutenu, avec plusieurs partenaires, un espace offert pour célébrer la Journée internationale de la non-violence, commémorant l’assassinat de Mahatma Gandhi. L’initiative, portée par Living Peace RDC, a réuni près d’une nonantaine de jeunes et de leaders venus réfléchir et développer leurs capacités de compréhension en allant à la rencontre d’acteurs sociaux qui explorent et ouvrent la voie à de nouvelles collaborations. Le but étant de susciter de nouvelles expériences en faveur du progrès social et de la paix durable. Dès l’ouverture, Madame Ernestine NSII K., représentante de Living Peace RDC, interpelle les participants par une déclaration engageante : « Osons briser le cycle des violences et forgeons une nouvelle identité. »
Mme Ernestine NSII K représentante de Living Peace RDC
Conseil National de la Jeunesse de la RDC, dans son rôle d’interface publique au service des jeunes, représenté par son Vice-président chargé des questions stratégiques et techniques, M. Fiston Djonga Manekanga, a partagé son ouverture à de nouvelles actions visant à accompagner les jeunes qui choisissent de dépasser les divisions en mettant leurs talents au service de la communauté et du pays : « Nous ne sommes pas une génération perdue. Nous sommes une génération attendue : attendue pour réparer ce qui a été brisé, réconcilier ce qui a été divisé et bâtir ce qui n’a jamais été construit. »
De son côté, M. Moïse Balagizi Musaada, expert en paix, sécurité, gouvernance et diplomatie multilatérale, acteur de la société civile, a rappelé avec clarté que la paix ne se limite pas à l’absence de conflit. Elle constitue une construction active, quotidienne et profondément éthique, engageant à la fois les individus et les institutions. Il a également souligné l’existence d’instruments-cadres tels que la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations Unies et le Plan national Jeunesse, Paix et Sécurité, qui reconnaissent les jeunes comme des acteurs stratégiques de la paix. Le véritable enjeu demeure toutefois leur appropriation concrète : « Comment transformer ces cadres normatifs en leviers vivants d’engagement et de participation réelle, afin que les jeunes puissent exercer pleinement leur leadership d’acteurs de paix et constituer un rempart durable contre les dérives cycliques de la guerre en RDC ? » S’inspirant de l’héritage de Gandhi, il rappelle que « la violence est l’arme des faibles ».
Moïse Balagizi Musaada, expert en paix, sécurité, gouvernance et diplomatie multilatérale
Le président de l’UJECO (Union des Jeunes leaders des Confessions religieuses), Me Willy Masaka, a également contribué à la réflexion à partir des programmes de la Communauté des Médiateurs pour la Paix, autour de la question : « Que faut-il faire pour se libérer des causes profondes des cycles de violence et construire une paix durable ? » Son intervention a mis en lumière quatre programmations émotionnelles à l’origine de ces cycles : la colère, la peur de l’avenir, la méfiance et la passivité ou le sentiment d’infériorité.
Me Willy Masaka, Président de l’UJECO
Carrefour d’échanges avec les jeunes
Face aux défis sociaux en RDCongo — notamment ceux liés à l’égalité des droits, à la paix et à l’environnement — il ressort des carrefours d’échanges que les jeunes prennent conscience de la nécessité de développer des capacités morales capables de soutenir une conscience active. Pour repenser une société plus juste, de plus en plus de jeunes naissent aujourd’hui avec la conviction profonde de la nécessité de rencontrer le principe d’égalité des droits sociaux et culturels entre les sexes qui composent une seule humanité. Cela ouvre la voie à de nouvelles expériences de cohésion sociale, où soutien mutuel et collaboration se traduisent par une participation commune. La qualité de ces efforts se révèle lorsque les qualités morales et l’engagement des jeunes femmes et des jeunes hommes deviennent une véritable « armée de protection » de la collectivité.

Ci-après, restitution des carrefours d’échanges par les jeunes engagés au service de la paix (Etudiants de l’ISGP Communauté baha’ie, les Gen de Focolari, Ecole Acacia…)
L’exploration d’un processus de paix au Kasaï Central
Ainsi, lors de cet espace d’échange, le Bureau des affaires extérieures a contribué à une réflexion de fond sur la coopération entre les protagonistes communautaires en vue d’une paix durable. Il a notamment partagé les apprentissages issus de l’expérience de la communauté bahá’íe de Kananga (Kasaï Central), dans le cadre d’un processus de paix engagé à la suite d’un conflit violent survenu en 2021. Ce conflit impliquait neuf coutumes et plusieurs chefferies, chaque coutume pouvant regrouper plusieurs dizaines de villages.
Tout au long de ce processus, qui comporta plusieurs étapes dans le flux des contributions pour l’harmonie communautaires, une étape importante fut la conférence avec les épouses des Chefs et autres femmes leaders. Parmi les mamans bahá’íes facilitatrices de cette Conférence des femmes pour la paix, Madame Clémentine Biongo mit en lumière la nécessité d’activer le pouvoir moral et organisationnel des femmes lorsqu’elles sont soutenues par une vision spirituelle claire. La paix a ainsi émergé malgré l’absence de moyens matériels importants, grâce à la mobilisation de ressources humaines et morales souvent ignorées.
Au total, 1 018 femmes issues des deux ethnies en conflit se sont réunies le 28 mai 2022 à Bakua Kenge, au cœur même de la zone affectée. Portées par une vision fondée sur le caractère sacré de la vie humaine et sur le principe de l’interdépendance de l’humanité, elles se sont levées malgré les obstacles culturels limitant leur accès aux espaces de décision.
Kasaï Central, 3 janvier 2026 à Mbatshi Tete
De cet effort collectif est né le mouvement « La Femme et la Paix ». Aujourd’hui, en 2026, les mamans gardiennes de la paix sont devenues des protagonistes actives qui œuvrent aux côtés des jeunes, des papas et des chefs coutumiers pour prévenir et apaiser les querelles entre villages. Le mouvement dépasse désormais le cercle des femmes : l’ensemble de la communauté y participe. Cette dynamique a également favorisé le développement organique d’activités sociales visant l’amélioration des conditions de vie et le renforcement des capacités communautaires.
Face aux défis environnementaux et à la résilience climatique, le professeur chercheur Alain Bertrand Temgoua, inspiré par l’encyclique Laudato Si’, apporte des contributions concrètes pour le Congo et la RDC.
Professeur chercheur Alain Bertrand Temgoua du mouvement Focolari

Enfin, il est intéressant de noter que le Bureau des affaires extérieures et les jeunes leaders des confessions religieuses (UJECO) développent depuis plus de deux ans, au sein de la CRCASS (Cellule de Réflexion pour la Cohérence dans l’Action Sociale et Sociétale), de nouvelles capacités pour apprendre des efforts de tout acteur social contribuant à l’émergence d’une société plus juste et harmonieuse avec son environnement. L’espace initié par Living Peace a ainsi permis la rencontre de nouveaux leaders influents autour de la question du rôle et du pouvoir des jeunes face aux besoins de la paix durable.
Rencontre de la CRCASS 25 novembre 2025
Cette cellule de réflexion, qui facilite la rencontre des idées et des acteurs afin d’explorer de nouvelles perspectives d’action au sein de communautés diverses, porte aujourd’hui la volonté d’examiner avec lucidité l’intégration de besoins interconnectés : paix, résilience climatique et égalité des droits entre les femmes et les hommes. Dans cette dynamique, une attention particulière est accordée à l’accompagnement des jeunes, de plus en plus animés par un profond besoin de justice sociale et désireux de développer leurs capacités afin de devenir des acteurs communautaires résilients, contribuant à un progrès social à la fois matériel et spirituel.
Institut Bukama
Leaders des Confessions religieuses
Jeunes leaders




